VENTE DU CHATEAU D'ARCANGUES EN COLLABORATION AVEC ADER-PARIS
La vente aux enchères des meubles et objets du château d’Arcangues va sans nul doute marquer les esprits et provoquer une intense émotion chez tous les habitants et les amoureux du Pays basque, tant le nom de la famille qui l’a occupé pendant près de neuf cents ans semble gravé dans les pierres mêmes de cette terre et de sa ville emblématique, Biarritz. « La famille remonte à 1150, avec des ancêtres qui ont servi auprès des autorités royales [les seigneurs d’Arcangues ont été procureurs du roi de 1614 à 1749, ndlr], souligne Michel d’Arcangues.
Le premier château a été brûlé en 1636 par les armées espagnoles pendant la guerre de Trente Ans, et reconstruit la même année. Il a ensuite été démoli en 1899 en raison de sa vétusté, puis rebâti en 1900 par mes arrière-grands-parents, Michel et Marguerite d’Arcangues ». On peut admirer cette dernière grâce à son portrait réalisé en 1885 (école française, XIXe siècle, Portrait de Marguerite d’Arcangues, marquise d’Iranda, huile sur toile, 600/800 €).
Le titre de marquis d’Iranda associé à la famille provient de Rose d’Aragorry, épouse de Michel d’Arcangues (1719-1798) et sœur de Simon d’Aragorry, ministre des Finances de Charles III d’Espagne, dont on retrouve aussi le portrait dans la vente (école française, seconde moitié du XVIIIe siècle, Simon d’Abagorri Ier, le marquis d’Iranda assis, accoudé à son bureau, 1769, huile sur toile, 2 000/3 000 €). Autres souvenirs historiques et généalogiques, deux tableaux représentant Napoléon III et Eugénie, donnés par l’empereur en 1860 (atelier de Félix-Xavier Winterhalter, 6 000/8 000 €), un Portrait du marquis Michel-Louis d’Arcangues (1790-1868), marquis d’Iranda (300/600 €) et un buste en marbre attribué à Adèle d’Affry, dite Marcello, figurant Alexandre d’Arcangues (1823-1893), dit Le Bel Alexandre (800/1 200 €). « L’une des pièces porte-bonheur du château, confie Michel d’Arcangues, est une théière en argent (1 200/1 400 €) offerte par le duc de Wellington au marquis d’Arcangues en 1813. »
La légende de la demeure prend véritablement sa source au début du XXe siècle avec la naissance de Pierre d’Arcangues (1886-1973) puis celle de son fils Guy (1924-2004). « Avec ces deux hommes, souligne l’écrivain et éditeur Jean-Philippe Ségot, la famille d’Arcangues devient un peu la famille princière de Biarritz. Le prince Rainier comptait d’ailleurs parmi leurs amis et venait souvent au château. Toute la vie mondaine de Biarritz dans les grandes années, ce que l’on a appelé les Années folles, était orchestrée par Pierre d’Arcangues. Il a été la figure tutélaire et la pierre angulaire de toute la vie culturelle et artistique de la région. » Écrivain, poète, romancier – on lui doit plus d’une vingtaine d’œuvres, comédies musicales, poèmes ou récits – et président du comité du tourisme de Biarritz, il fait de la ville l’une des places to be pour les artistes et la jet-set internationale.
« Mon grand-père a lancé Biarritz au sortir de la Grande Guerre ! affirme Michel d’Arcangues. Un nombre considérable d’artistes, de célébrités et de personnalités du Gotha ont séjourné au château. » Des auteurs comme Edmond Rostand – l’escalier bibliothèque provient de la villa d’Arnaga construite à Cambo-les-Bains par l’écrivain (1 500/ 2 000 €) – ou Jean Cocteau, avec qui Pierre cofonde le Festival du film maudit en 1949. Les compositeurs Maurice Ravel, Igor Stravinsky, Henri Sauguet, Jacques Février, Ricard Viñes, ou encore Alfred Cortot ont pu jouer sur le piano Bechstein (2 000/ 3 000 €) lors de concerts donnés à Arcangues dans le salon de réception. Le célèbre peintre basque Ramiro Arrue a peint une fresque dans le théâtre du village (Nature morte aux poivrons, gouache, 2000/3000€).
Témoin du refuge qu’a pu être le château, le sculpteur Yvan Chouklin est longtemps hébergé par la famille (Petit garçon allongé dans l’herbe, terre cuite, 1932, 200/400 €). Les têtes couronnées européennes ne sont pas en reste : « Mon arrière grand-père allait aux courses avec le roi Édouard VII d’Angleterre, se souvient Michel d’Arcangues. Quant au roi d’Espagne Alphonse XIII et à son épouse, ils avaient pour ainsi dire leur rond de serviette au château. »
« Mon grand-père a lancé Biarritz au sortir de la Grande Guerre ! affirme Michel d’Arcangues. Un nombre considérable d’artistes, de célébrités et de personnalités du Gotha ont séjourné au château. »
Souvenirs d’un âge d’or
Si Pierre d’Arcangues a donné toute sa vie des bals et des fêtes qui sont restés dans les mémoires – bal Goya, bal second Empire de 1922, bal Petrouchka, bal de la planète Mars pour ne citer qu’eux –, il a aussi été témoin et acteur d’événements plus tragiques. Blessé à la main gauche par un éclat d’obus le 3 novembre 1914, il joue néanmoins du cymbalum pour distraire ses camarades dans les tranchées. Arrêté par la gendarmerie sur dénonciation en 1943 (sans doute à cause des activités de son frère Michel, très actif dans la résistance), il est condamné à la déportation dans un camp de travail en Pologne. Remplacé in extremis par son fils Guy, qui purge sa peine à sa place (le jeune homme témoignera de cette expérience dans son roman Le Silésien, Grasset, 1968), il rend hommage à celui-ci dans une lettre (« censurée », précise Jean-Philippe Ségot) pendant son internement : « Je t’ai donné la vie, tu m’as rendu la liberté, nous sommes quittes. »
Sinatra, Grace Kelly et le meilleur coiffeur de Biarritz
Après la mystérieuse disparition en mer de son frère aîné, Michel, en 1946, Guy d’Arcangues devient l’héritier du nom et de la tradition familiale et reprend la mission que s’était donnée son père. Romancier lui aussi, poète (un ensemble de seize poèmes, dont « Eugénia», «Le Silésien», « Mémoires», « Le Cheval andalou», 100/200 €) et journaliste, il reçoit sans relâche personnalités du monde de l’art et stars du show-biz. Il poursuit aussi, comme directeur artistique des casinos de Biarritz puis comme président du comité du tourisme de la ville, les activités de promotion de la région basque initiée par son père.
Le sac et les clubs de golf – Guy d’Arcangues a été capitaine de l’équipe de France amateur de golf et quatorze fois champion de France – offerts par Frank Sinatra rappellent à Jean-Philippe Ségot une anecdote savoureuse qui reflète, selon lui « l’élégance, la simplicité absolue du personnage ». Imaginons la scène : « Sinatra était à l’hôtel du Palais et ne voulait pas être dérangé. Un soir, il dîne au Café de Paris, que tenait le grand restaurateur de l’époque Pierre Laporte. Il demande soudain à un ami s’il connaît le meilleur coiffeur de Biarritz. Celui-ci lui indique alors la table ou se trouvait Guy d’Arcangues et lui dit : “Le meilleur coiffeur de Biarritz, c’est lui.” Sinatra est un peu surpris mais Guy les rejoint et explique : “J’ai été déporté en Silésie pendant la guerre, et je coupais effectivement les cheveux à tous mes camarades. Depuis lors, je ne suis plus jamais allé chez le coiffeur.” Sinatra semble convaincu et propose de le retrouver à l’hôtel le lendemain. La coupe lui a semble-t-il beaucoup plu puisque, quelque temps après, le départ du chanteur, Guy a reçu un message lui disant: “Cher Guy, mon coiffeur me manque. Je vous envoie un avion, venez passer quelques jours de vacances chez moi, et vous pourrez ainsi me couper de nouveau les cheveux.” Il rencontre pendant son séjour le prince Rainier et Grace Kelly qui lui apprend le backgammon autour de la piscine ! »
L’âge d’or de Biarritz et du château d’Arcangues s’estompe à l’orée des années 1980, alors qu’une autre façon de voir le tourisme s’impose un peu partout dans le monde. Il devient plus difficile pour la famille de gérer les 2 500m2 de la maison, « ses quatorze chambres et dix salles de bains, et son très bel intérieur tout en boiseries de chêne de Hongrie », résume Michel d’Arcangues. « Une page se tourne, conclut le commissaire-priseur Arnaud Lelièvre, qui assiste la maison de ventes Ader pour cette vacation. Pour autant, l’héritage unique de la famille d’Arcangues va rester présent, par les souvenirs et les traces ineffaçables qu’elle aura laissés et, souhaitons-le, grâce aux futurs projets des nouveaux propriétaires, qui souhaitent faire du lieu un espace de rencontre et de culture. » Rendez-vous en septembre!